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Croix du Tô

Préambule

Pierre Philippart de Foy

Les secrets de la croix du Tô, lieu-dit d’Ouffet.

Dessin de la Croix


Voici deux ou trois ans, monsieur Emile Detaille me confiait un croquis de cette croix de la vieille voie de Himbe à Ouffet. Elle perpétue le souvenir de Claude de Hey, mayeur de Jenneret, « occy le 4 août 1614 ».

J’avais pour mission d’en reconstituer l’histoire, estompée aujourd’hui dans les brumes de l’oubli.

Si nous coupons nos racines, nous n’aurons plus de fruits…



Inscription du sommet de la croix




Sur les lieux, face à cette merveilleuse pierre calcaire, enchevêtrée dans les ronces et les épines, je formule un premier vœu :

Celui de voir un groupe de jeunes et de moins jeunes prendre quelques soins de ce beau témoin d’une époque qui, pour être révolue, n’en est pas moins présente aujourd’hui et, nous le verrons, bien vivante.

Le second vœu m’intéresse particulièrement : avant de relater les faits historiquement connus, je vais m’efforcer de reconstituer, comme un puzzle, la légende qui nimbe cette croix.

Il m’est agréable de rendre hommage à la prodigieuse mémoire de monsieur Oscar Rasquin d’Ouffet et à tous ceux qui, par la tradition orale, nous ont conservé la couleur de ces évènements.


Pierre Philippart de Foy


La Croix du Tô campée sur son talus à la sortie d'Ouffet dans la Rue Es Tô.
Venant de Himbe vers Ouffet par la Rue Es Tô.


La Croix au soleil couchant du mois d'août


Au soleil couchant du mois d’août 2014… 400 ans se sont écoulés !

Cette belle pierre calcaire a pris quelques rides, mais à l’abri sous son chêne séculaire, le temps l’a façonnée, patinée.

Inspirée de faits historiques,« La légende de la Croix du Tô », oubliée depuis des décennies, réapparaît pour notre plus grand bonheur.

Gageons qu’après avoir lu ou entendu sa légende, vous porterez sur ce témoin du passé un tout autre regard.


La légende

Pour mieux comprendre l’intrigue, faisons connaissance avec la famille de Hey.

Claude de Hey et son épouse Marguerite résident au sud d’Ouffet, à Himbe, dans la place forte. Historiquement ils ont existé. Claude, mayeur de Jenneret, alors situé en principauté de Liège a bel et bien perdu la vie dans un traquenard à l’endroit même où se dresse la croix du Tô. La légende, nous avons bien dit la légende, lui adjoint un frère, Gilles qui habite Sparmont. Je vous rappelle que le chemin le plus direct pour se rendre d’Ouffet à Sparmont, distant d’environ une lieue (4km), passe par l’actuelle rue Halbadet. Une sœur, Jeanne, complète la famille, elle demeure à Xhenceval à moins de deux cents toises (400m) de Himbe. Depuis son veuvage, elle vit en compagnie du frère de son époux : l’abbé de Seny à qui elle a confié la gestion de ses biens…

Et maintenant, place aux protagonistes…

L’hiver est bien rude. La neige apparue dès la Toussaint est toujours là et nous sommes au mois de février de l’année 1614. Le gel s’est fort accentué depuis la Noël et cela n’a pas simplifié les approvisionnements en cette saison où l’alimentation est toujours précaire.

Demain, à la Chandeleur, Claude et Marguerite de Hey rassembleront tout le monde dans la maison forte de Himbe, devant des piles de « boûquettes » à la farine de sarrasin et aux raisins secs. Quand je dis tout le monde, cela fera un nombre respectable de personnes, car, si les gens d’écurie, les vachers et les porchers resteront à se chauffer auprès de leurs bêtes, tout le reste de la maisonnée se joindra à quelques invités pour se presser autour du feu… et des maîtres. Vers huit heures, Marguerite fera distribuer à chacun un bol de vin chaud au sucre, à la cannelle avec un rien de vinaigre de pomme.

Et puis, on se retirera, pleinement satisfait d’avoir pu faire bombance au milieu de la disette.

Peu de temps après que les courtines eurent été tirées, le vent s’est mis à la tempête. La croisée siffle comme une cornue, la cheminée pousse des hululements interminables et, malgré les effets bénéfiques de la bassinoire, Claude de Hey ne peut trouver le sommeil.

Debout pour arpenter sa chambre, il ne lui est pas possible de tenir une chandelle allumée et il a bien fallu faire amener la lampe. La violence du vent est telle que les cendres saupoudrent le plancher, laissant quelques lamentables braises à leurs derniers crépitements. Comme la neige s’est mise à tomber, elle est précipitée sur les vitraux pour y créer de vagues fantômes blancs. Bientôt, ce sera une poudre de givre qui, forcée par les joints, viendra se mêler à la cendre. Décidément, il fait bien trop froid, le seigneur hautain se recouche en maugréant bien haut pour maudire les circonstances.


Les Familles figurant sur la croix de Tô à Ouffet
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Gagné par la nervosité, Claude ressasse la conversation qu’il a eue après le dîner avec sa sœur Jeanne. Il faut savoir que cette dernière, dès son veuvage, avait confié les intérêts de ses enfants au frère de son époux : l’abbé de Seny. Ces intérêts ne vont pas forcément dans le même sens que ceux de ses frères Claude et Gilles que l’abbé n’a de cesse de tourmenter. Tous deux d’ailleurs tiennent grande rigueur à leur sœur de suivre trop à la lettre les conseils de son chapelain de beau-frère.

Cette situation avait amené la conversation de Jeanne et de Claude au niveau des exclamations… Plus que jamais il faut couper broche à ces intrigues : l’héritage de Hey ne peut intéresser des étrangers !

Quatre heures du matin. La tempête semble s’être calmée. Claude, qui vient de se lever, décide de faire harnacher tout de suite afin de ne pas manquer l’office du matin. Le temps d’avaler quelques « boûquettes » roulées à pleines mains et de boire une grande bolée de lait bouillant, il est dans la cour.

La neige lui arriverait à mi-cuisse si l’on n’avait dégagé l’entrée des cuisines. Pour se protéger du vent, la grande et forte jument sellée et vêtue de couvertures, se colle le museau au dos du palefrenier. Claude enfourche l’animal et prend le chemin d’Ouffet. Même le porche ne résonne plus du pas de la bête, elle y marche sur un tapis de neige.

Au sortir du bois de Himbe, l’épaisseur est telle à certains endroits que la panse du cheval y laisse une large trace coticée de deux ornières évidées par les pieds du cavalier enfoncés dans les étriers garnis de fourrure.

C’est dans le Tô que Claude pense devoir rebrousser chemin. Amassée par le vent, la neige atteint ses aisselles. La monture se cabre, saute, s’enfonce et la neige se referme sur son dos : sa tête disparaît. Couché sur le dos de sa monture, le cavalier, à l’aide de ses mains gelées, lui dégage les œillères et les oreilles. Le cheval se redresse pour recommencer le même manège jusqu’à franchir les amas, mètre par mètre.

Au bord de l’épuisement, l’équipage atteint enfin le puits du Tô.

Claude, descendu de monture, franchit à pied dans la neige jusqu’aux hanches, les trois cents derniers mètres qui le séparent de l’église. Il est talonné par sa jument reconnaissante de l’avoir ainsi soulagée. Comme il l’attachait devant la Cour de Justice, il reconnait, bien qu’il fit encore nuit, son frère Gilles qui, venant de Sparmont, avait vécu la même aventure du côté du Hallebodet.

Entrant de conserve à l’église, quelle n’est pas leur stupéfaction de constater que l’on en est déjà au « kyrie » : par un tel froid, plus personne n’attendait les seigneurs. La bouche de chaque fidèle laisse échapper des volutes de « fumée » comme forge à la relance et le chapelain qui n’est autre que l’abbé de Seny, s’interrompt.

Après un bref regard de concertation, les deux frères remontent la grande nef de l’église au bruit des éperons sur le pavé et gagnent leur place sous la chaire de vérité. Imprudemment commencé en dehors de la présence des seigneurs, l’office reprend promptement pour être bien vite achevé. Nos deux compères sortent sans saluer personne. Laissant leurs montures là où ils les ont attachées, ils descendent à la croisée des « Prées » pour y attendre le chapelain qui ne manquera pas d’y passer pour rejoindre Xhenceval où il réside.

Les lueurs de l’aube montrent un ciel plus dégagé, mais le froid reste vif. Les mains enfoncées dans leurs chausses bourrées de foin, les deux frères, rendus invisibles par l’épaisseur de la couche de neige, n’ont pas un quart d’heure à attendre : bientôt, le digne abbé très emmitouflé apparaît, monté sur un fort cheval de trait.

Gilles pique de la pointe de son épée le poitrail de l’animal qui se cabre en hennissant et désarçonne le cavalier. Le chapelain tombe dans les bras de Claude qui lui enfonce son poignard dans le cœur. La victime trépasse… sans un cri.

Trop heureux d’avoir trouvé prétexte à se débarrasser d’un tel gêneur, les frères s’en vont reprendre leurs montures à la Cour de Justice et s’engagent sur le chemin du retour, abandonnant le cadavre dans la neige en prenant toutefois la précaution d’emmener le cheval.

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Personne ne s’est inquiété du sort du chapelain. C’est seulement le lendemain que son corps est découvert gelé, tapi dans la neige engluée de sang noirci.

Bien vite la nouvelle traverse le village. Les faits sont reconstitués avec toute la fantaisie et le pittoresque de l’imagination populaire. Bref, l’opinion publique s’en trouve fort scandalisée. Il faut agir.

Dans un premier temps, on fait dresser une croix à la mémoire du chapelain ; dans un second temps, et personne n’a jamais su comment, on retrouve dans le fossé du Hallebodet le corps de Gilles de Hey atrocement défiguré par un coup d’arquebuse.

Atteint dans son affection et ce qu’il croit être son bon droit, Claude, le seigneur de Himbe, ne pense plus qu’à se venger. Il ne se contente pas d’élever une croix à la mémoire de son frère ; il prend toutes dispositions pour mener à bien, et rondement, une enquête afin de découvrir les assassins.

Bientôt, le sergent lui démontre que les coupables sont Jean de Warre et Giel Hayerlin. Ceux-ci, prudemment, ont passé la frontière en terre luxembourgeoise, de l’autre côté du Néblon !

On a beau doubler les gardes, surveiller toutes les routes et les moindres sentiers, on ne parvient pas à les arrêter. Or, on sait qu’ils viennent régulièrement revoir leurs épouses.

Les jours, les semaines et les mois passent. Face à cette habileté, Claude de Hey conçoit un projet machiavélique. Puisqu’il ne peut capturer les deux bandits, il faut leur tendre une embuscade. Mais… après tout, pourquoi ne pas menacer leurs épouses ? De fil en aiguille, il imagine d’accuser celles-ci de sorcellerie.

A l’époque, la question était… brûlante !

Il lui suffit d’en saisir la Cour d’Ouffet et la justice prend un décret d’arrestation contre Marguerite de Warre et Aylid Hayerlin. Elle interroge des témoins. Il s’en trouvent plusieurs, pour démontrer avec force preuves les accointances des intimées avec Satan, leur puissance à rendre malades les gens et les animaux. On a même remarqué chez Marguerite un pied fendu, comme celui d’une chèvre.

Vingt-quatre heures plus tard, elles sont emprisonnées.

La Cour passe à l’interrogatoire en règle des accusées. Celles-ci, attachées à une échelle, subissent une élongation par de lourds poids suspendus à leurs pieds. Devant leur obstination à ne pas avouer leurs méfaits, on passe à un supplice plus subtil : chacune doit ingurgiter de force sept à dix litres d’eau glacée, puis, on recommence l’opération avec de l’eau très chaude.

Elles finissent par avouer tout ce que l’on souhaitait.

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Nous sommes le 4 août 1614. En place publique, en moins de deux jours, un grand bûcher est élevé. Les deux condamnées habillées de jute, épuisées par la torture, l’œil hagard et les cheveux collés aux tempes, sont amenées en chariot. Sous les huées, on les bouscule jusqu’à ce qu’elles montent sans réaction à leur dernier supplice. Les deux femmes sont attachées dos à dos à un mât planté au sommet du bûcher pendant que l’on s’apprête à bouter le feu aux balles de paille disposées au pied de l’autel de l’immolation. Le bourreau attendait ce moment pour étrangler les malheureuses avec un fin lacet. Les flammes crépitent rageusement avant de s’élancer vers le ciel dans une gerbe d’étincelles.

Claude de Hey, qui assiste à l’exécution, réalise toute l’horreur du drame qu’il a provoqué. Soudain, il est pris de panique. Enfourchant son cheval, il dévale le chemin du Tô, contourne le puits au grand galop pour remonter vers Himbe quand, arrivé au pied du talus, une arquebusade éclate violemment à ses oreilles.

Mis à bas, il roule dans la poussière… Giel Hayerlin et son compère se sont approchés pour le regarder avec mépris. Ils ricanent. Ils s’enfuient.

Claude de Hey s’éteindra avec le soleil couchant.

Depuis, plus de quatre cents ans se sont écoulés… quatre cents ans !

On pourrait croire ces évènements tombés dans l’oubli.

Cependant, les nuits de pleine lune, aux environs de la Haïre, du Tô, de la place publique, de la Tour de Justice, on rapporte que l’on peut encore parfois entrevoir deux ombres furtives errer, se dissimuler dans les potagers, se faufiler de porche en porche, se glisser de coins en recoins. Seraient-ce les fantômes de Jean de Warre et de Giel Hayerlin ?

Qui sait … leur soif de vengeance ne serait-elle pas encore entièrement satisfaite ?

Alors, malheur, malheur aux imprudents attardés qui auraient l’outrecuidance de prendre faits et causes pour le Seigneur de Hey.


Les faits historiques

Qui êtes-vous Claude de Hey ?

En transcrivant la légende attachée par la tradition orale à la croix du « Tô » nous avons relaté l’anecdote, assez sordide finalement, de l’assassinat du seigneur de Jenneret.

Qu’en est-il en réalité ?

Assez curieusement les archives confirment, souvent anachroniquement, plusieurs éléments de la légende.

Si la sœur de Claude de Hey, nous le verrons (1), est bien la veuve de Jacquemain de Seny dès 1611, par contre, le chapelain de Seny semble n’avoir jamais existé.

La croix, attribuée à son souvenir à la croisée des « prées », commémore en fait le duel où Wauthier de Seny, seigneur de Xhenceval, perdit la vie en s’opposant à Emmanuel de Rahier (2). Leur dispute aurait eu pour origine un désaccord sur l’ancienneté de leurs familles respectives. L’endroit est propice à la rixe ; allez-y voir ! Vous pourrez imaginer aisément les bretteurs…

Nous trouvons un autre personnage bien énigmatique dans la personne de Gilles de Hey. Si Claude a bien un frère, celui-ci s’appelle Jean (1). En admettant que la légende ait confondu frère et fils, Claude a eu deux fils : Claude et Henry. Il n’y a pas de Gilles de Hey. Pourtant un on-dit datant du début du XXe siècle, le fermier Vincent de Hallebadet utilise comme contrepoids à sa herse un morceau de bois portant l’inscription : « …iel de Hey ». C’est possible mais insuffisamment probant.

Voilà notre légende tronquée de deux personnages parmi les plus importants.

Que savons-nous des assassins ?

L’Histoire ne nous en dit rien mais dans une très belle étude relative à la sorcellerie de nos villages (3), Pierre Bauwens nous apprend, qu’accusée de sorcellerie, Marguerite de Warre est étranglée et brûlée vers 1614. Plus loin nous voyons qu’Aylid, épouse de Giel Hayerlin, prévenue de sorcellerie est jugée du 14 avril au 6 mai 1614 pour être condamnée au bûcher après avoir subi le supplice de l’échelle (élongation). Voilà qui est plus précis. Aylid, condamnée en mai aurait-elle été exécutée en août ? Pourquoi lui associer Marguerite de Warre ? Vu l’importance d’un procès de sorcellerie à l’époque, deux affaires ont pu être traitées la même année mais on peut difficilement admettre qu’elles l’aient été de front. Décidément, je suis enclin à croire que la tradition orale a fini par mélanger plusieurs évènements réels mais dispersés dans le temps.

Laissons là cette belle légende et interrogeons les témoins de l’époque. Voyons la croix et suivons ses indications (4).

(1) La généalogie de Hey sera présentée plus loin.

(2) M. Charles de Seny. Correspondance.

(3) Pierre Bauwens, assistant aux archives de l’état à Huy : « Ouffet, Ocquier et Jenneret, hauts lieux de la sorcellerie » dans : « Bulletin des Annales du Congrès de Liège ».

(4) On peut lire, avec prudence, l’article d’André Nélissen relatif à la croix d’Ouffet dans : « Le Vieux-Liège » du 08.07.1963.

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Il faut savoir qu’outre l’épitaphe et les écus, la pierre conserve quatre trous en fer forgé : un au-dessus et un sur le côté de chaque bras de la croix. L’emplacement d’un cinquième clou, aujourd’hui disparu, est visible au faîte de la croix.

L’épitaphe est sans équivoque quant à la date de l’assassinat, au nom et à la fonction de la victime.

Les quatre écus, sous les pieds du Christ, donnent les quartiers du défunt, c’est-à-dire qu’ils représentent les armes des quatre grands parents de Claude. En d’autres termes, son grand père de Hey a épousé une Hodister et son grand père Vervoz, une d’Anthisnes.

Cette révélation héraldique va nous en faire découvrir une autre. En effet, connaissant le nom des grands-parents, nous connaissons évidemment le nom des parents : Hey-Vervoz et les alliances de ceux-ci.

Quand vous irez voir cette belle croix « è Tô », à Ouffet (elle vaut le déplacement), prolongez votre promenade jusqu’à Jenneret pour chercher si rien n’y rappelle le maïeur du début de ce XVIIe siècle ou ses parents. Vous serez surpris, comme je le fus, de découvrir enchâssés dans le mur de clôture du cimetière, plusieurs fragments de pierres tombales. Le plus grand de ceux-ci, de quelque 50 sur 90 cm, n’est pas banal. Les sculptures sont très estompées mais on y voit encore nettement un gisant coupé juste sous la ceinture. Vêtu d’un surtout à fraise (sorte de collerette caractéristique sous Philippe II), les mains jointes, il nous montre une tête encore barbue, aux oreilles écartées, reposant sur un coussin terminé par quatre nœuds. Tout à côté, on voit encore les deux nœuds du coussin destiné à recevoir la tête de l’épouse dont l’épaule et le bras se devinent. Le chef du gisant est surmonté d’un écu illisible sommé d’un heaume assorti de ses lambrequins. Sur sa droite, le relief de deux quartiers (écus) surmontés de leur cartouche où on lit très nettement Hey pour l’écu supérieur et Hod… pour le second. Il n’y a plus trace du moindre meuble.

Plus loin dans le même mur, un autre fragment, maçonné à l’envers, nous fera pensé qu’il appartient à la même pierre, car il montre un troisième écu de même facture mais, hélas, sans cartouche. Sous le niveau de l’écu et entre celui-ci et ce qui devraient être les pieds du gisant, une paire de gantelets.

Sur le pourtour du fragment, un reste de devise périmétrique (cette devise a disparu du fragment le plus important). On peut encore lire : « …Vc ET LXXXVII LE XI IOVR… » sur la partie verticale et « DV MOIS D’AOVST… » Sur la partie horizontale.

Tout ceci veut dire que, si les deux fragments appartiennent à la même pierre, le gisant est un Hey apparenté directement à Claude puisqu’il a, ce n’est pas douteux, un quartier Hodister et que lui, ou son épouse, est décédé le 11 août 1587.

La découverte est d’importance pour notre enquête et il nous faut recourir aux archives pour rencontrer un texte relatif à ce monument. Nous ne devons pas chercher bien loin car dans son recueil d’épitaphes, le héraut d’armes (1640-1666) Van den Bergh (5) cite à « Jenneret Saint-martin » l’épitaphe suivante :

« CHY GISSENT HON-BLE HOME HENRY DE HEY QUI TREPASSAT L’AN XVc LXXXVII LE XIc IOVR DV MOIS D’AOVT ET DAMOISELLE JEHENNE DE VERVO SON EPOUSE QUI TREPASSAT L’AN XVc LXXXV LE IIII IOVR DE SEPTEMBRE. PRIEZ DIEV POUR LEVRS AMES ». L’épitaphe est assortie de huit quartiers : Hey-Sorée ; Hodister-Ferot ; Vervoz-Waha ; Anthisnes-Brialmont.

Face à tant de données, je n’ai pu, à l’instar de Gourdet (6), résister au plaisir de reconstituer le monument. Ceci doit–être évidemment considéré avec toute la prudence de rigueur en pareil cas. Le dessin est conjectural mais ne doit pas être très loin de la vérité. Sur le conseil de mes correspondants, j’ai apporté les corrections héraldiques à la description et au dessin de Van den Bergh (7).

(5) Naveau et Poulet : « Recueil d’épithaphes de Van den Bergh ». Tome I, page 439. L’original se trouve au château de Hamal et M. Charles de Seny a eu la gentillesse de me donner photocopie du texte original assorti du dessin des huit quartiers.

(6) Gourdet : « Inventaire des blasons de la province de Luxembourg ». Il y a une reconstitution de la pierre en page 164.

(7) Je remercie ici M. Paul de Borman pour son apport conséquent d’informations et de précisions.

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A gauche, reconstituée, la pierre tombale de Claude de Hey, puisque leurs huit quartiers confirment les quatre quartiers de la croix du « Tô ». Et nous disposons ainsi du canevas de sa généalogie ascendante. Je le reproduis ci-après.

Le seigneur de Jenneret

Pour avoir permis de reconstituer la pierre tombale ci-dessus, notre visite à Jenneret peut être considérée comme un succès. Ce très beau village fut un fief : cela vaut peut-être la peine de nous y attarder.

Or, nous le savons par l’épitaphe de la croix de « Tô », le seigneur de Jenneret c’est Claude de Hey. Peut-être un héritage de ses parents ; la découverte de la pierre tombale nous permet de le croire.

Pour en savoir plus long, il faut consulter les documents de l’époque. Il existe en effet des actes officiels de ce temps-là par lesquels les héritiers font savoir au suzerain, ici le prince abbé de Stavelot, qu’ils reprennent leur héritage avec les charges, titres et bénéfices y afférents. Ces actes s’appellent les reliefs. On peut les consulter aux Archives de l’Etat à Liège. Dans notre cas ce ne sera pas nécessaire car le docteur Thiry (1) l’a fait pour nous. Voici, prélevés dans son ouvrage, les reliefs qui illustrent le mieux notre propos.

Les premiers reliefs concernant Jenneret datent du début du XVe siècle.

Ils nous montrent que le fief, jadis à Damoiselle Lorette et Everard de Genneret, appartient aux Briffoz, tant à ceux de Fairon qu’à ceux d’Ouffet. Ceux-ci l’aurait échangé à ceux-là contre des biens à Lierneux.

L’importance du fief de Jenneret nous est évoquée par un relief qu’en a fait Warnot Briffoz en 1460. Il sera le dernier Briffoz a relever Jenneret : « Warnot Briffo relève le fief de Genneret contenant cours, hommaigre en ban de Lierneux, dimage, cens, rentes, maison, jardin, cour, semences, wannaiges, droitures et autres émoluments estimés à un plein fief ».

Quatorze ans plus tard : « la femme du jeune Guillaume de My relève la dîme de Genneret avec la semonce ».

Pour connaître cette dame, interrogeons-nous de savoir qui est Guillaume de My (2).

Seigneur de My, Bierlo et Ville, prévôt de Durbuy, maïeur de Xhignesse, Guillaume est vicomte de Ferot. Il a épousé Jehenne Briffoz, sœur de Jean. Or, nous avons un quartier Férot sur la pierre tombale représentée en tête de chapitre. Nous devons être sur la bonne piste.

Pour illustrer notre propos, voici les armes d’alliance de Jeanne de My (3).

(2) « Intermédiaires des Généalogistes ».1975 (p. 308) et 1978(p. 254). Dr Thiry, op. cit. : tome II, page 277 et tome 3, p. 257. Tandel « Les Communes Luxembourgeoises », tome V, p. 277. (3) My : « d’or à quatre pals alésés de gueules mouvant de la pointe, surmontés d’une fasce haussée et alésées de gueules ». On constate que, souvent, la face n’est pas représentée alésée. C’est une erreur. (Info, Paul de Borman). Briffoz : « de vair au sautoir de gueules ». Donc, en 1474, l’épouse de Guillaume de My, vicomte de Férot, hérite de Jenneret par les Briffoz et relève. Elle cèdera le fief en dot à sa fille, Ide de My, lors du mariage de celle-ci avec Gilson de Hodister. Et, en effet, au relief suivant de 1494 : « Gilson de Hodister, maïeur de Hamoir, relève le plein fief de Jenneret avec ses appartenances et appendices contenant cour, hommages en ban de Lierneux, dimages, cens, rentes, maisons, jardins, wonnages, droitures et émoluments au dit fief appartenant qui fut Damoiselle Lorette et Everard de Genneret ». Nous voyons que le bien est passé dans son intégralité : de Warnotte Briffoz à Gilson de Hodister par l’entremise des Ferot. Ce Gilson de Hodister portait les armes (4) qui figurent sur la croix du « Tô » et la pierre de Jenneret. Il était le fils de jean et de Jeanne de Rahier (5) dont voici les armes d’alliance :


(4) Hodister : « d’azur (parfois de gueule) à la force de tondeur d’argent, les pointes en bas, accostées de trois roes (quintefeuilles, quartefeuilles, fleur de néflier etc. suivant les représentations du même, boutonnées d’or ». Voir l’article de Paul de Borman in « Intermédiaire » 1958, pages 178 et 179. Il s’agirait des armes des Rosay (qui ont donné entre-autres les Atrives) brisées d’une force des Rahier (info Charles de Seny). Gilson de Hodister : frère de Marthe de Hodister laquelle gît à Xhignesse sous une pierre aux armes inconnues. Rahier : « de gueules à trois forces de retondeurs d’argent les pointes vers le bas ». (5) Information de M. Charles de Seny (correspondance).


Gilson a dû bénéficier du fief jusqu’à son décès qui dû avoir lieu vers les années 1550, car en 1553 « Henry de Heijd, maïeur de Chinet, relève tous les fiefs à lui succédé de par Damoiselle Marie de Hodister, sa femme, a savoir le fief de Genneret ainsi que Gilson de Hodister l’avait relevé ». En 1589 : « Jean de Heid relève la cour et semonce et plein fief de Genneret ». En 1598 : « Claude de Hey acquiert, de Jean de Hey, son frère, la maison et seigneurie de Genneret ». Nous y voilà ! En apprenant comment Claude de Hey est devenu seigneur de Jenneret, nous avons quasiment complété la moitié du canevas généalogique du chapitre précédent. En effet, nous avons :


Claude de Hey jouit de son bien pendant 18 ans. En octobre 1614, deux mois après sa mort, ses fils Claude et Henry se partagent les biens paternels. La seigneurie de Jenneret sera vendue, sans doute au seigneur Poschet dont la pierre tombale est dans le narthex de l’église actuelle de Jenneret.

(6) Le couple Hey-Sore sera étudié au chapitre V.

Chapitre IV. Jeanne de Vervoz Connaissant les biens que notre héros, Claude de Hey, tenait de ses ascendants paternels, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur les ancêtres de sa mère : Jeanne de Vervoz. Nous en apprendrons entre-autres qu’il y a de fortes chances qu’il en ait obtenu sa charge d’ « eschevin » des hommes féodaux de la cour de Logne (1). Nos recherches sont grandement facilitées par l’étude détaillée de cette famille que nous donne le Héraut d’Armes Le Fort dont nous avons déjà parlé. Puisque le travail est fait, au lieu de remonter le temps comme nous en avons l’habitude, nous allons le descendre à partir de 1244 (2). En cette année- là, vivait au « Duchés et païs de Luxembourg et de Fraiture en condros, païs de Liège », Wautier de Vervos, chevalier, seigneur du lieu. Ses armes sont de gueules à la bande vivrée d’argent.



Deux cents ans plus tard, un des descendants du dit Wautié, Jean de Vervoz, « dict le josne » escuijer, maïeur de la cour allodiale de Vervoz, charge dont il fit relief à la cour féodale de Stavelot, l’an 1441, « espouse Julienne d’Ama, fille de Thibaut qu’il a peut-être connue chez la sœur de son père, puisque celle-ci avait épousé Clarembaut d’Ama.

(1) Il est erroné de lire l’inscription de la croix du « Tô » « DOLIEGE », en « de Liège ». Il faut lire « de Loigne » (= Logne).

(2)

(3) A.L.E. Lefort, 1re partie, tome 23, pages 72 à 93 et suivantes.

Sans connaître les armes d’Ama, j’émettrai l’hypothèse qu’ils ont porté la croix de Jérusalem car les nombreux descendants de Jean et Julienne porteront les armes que nous avons vues sur la croix du « Tô » (3). En constatant que la bande vivrée devient une bande ondée, voici ce qu’auraient pu être les armes de notre couple.

Leur fils Nicolas (dit : Collar) de Vervoz, dit d’Ama, escuijer, châtelain de Villance en 1494, 1496, 1505, châtelain de Logne en 1528, épouse en première noces, Marie de Waha de Baillonville. Il vivait avec elle en 1504, 1514 et en 1517. Comme il n’eût pas d’enfants de sa seconde épouse Marie Dauzet, c’est Marie de Waha qui nous touche. Elle était fille de Jean de Waha, « escuijer », seigneur de Baillonville et de Catherine de Trina, dite Sarter.




(4) Voir chapitres II et III. Leur fils aîné, (dit Collar) de Vervoz dit d’Ama « escuijer », maïeur du ban d’Ocquier en 1529, Châtelain de Logne en 1529, 1534, 1543, testa en 1547. Il avait épousé Marguerite d’Anthisnes, fille d’Adam Corbeau et d’Agnès de Brialmont. Nicolas et Marguerite sont les parents de Jeanne de Vervoz « espouse d’Henrij de Haije dit aussi de Haijd ou de Heijd ». Pour être complet, jetons un regard sur le couple d’Anthisnes. Adam Corbeau, écuyer, vicomte et haut voué d’Anthisnes est le fils de Pirard de Lierneux et d’Hellewuy d’Anthisnes. Celle-ci, elle-même fille d’Adam Corbeau et d’Hellewui d’Andrimont, était la dernière de sa race. (La première ligne d’Anthisnes qui remonterait aux Marchin est bien connue au XIIe, XIVe et dans la première moitié du XVe siècle) (4). Dès lors, Pirard de Lierneux prendra le nom d’Anthisnes et fera relief des charges tenues par les ancêtres de sa femme… Situation rêvée pour un cadet de famille. Il portera, je ne sais pourquoi, les armes de sa mère dont j’ignore également le nom. Voilà l’origine des armes bien connues d’Anthisnes dont voici le dessin accolé à celui des armes de la première lignée.

(5) A.E.L. : Lefort, première partie, tome I ; page 65 et suivantes. Enfin, par la mère d’Agnès de Brialmont, je suis tout particulièrement attaché au couple qui lui a donné le jour. S’il figure dans le quartier des d’Oultremont, il est encore à l’origine de tous les Brialmont de Mont (Comblain). Il s’agit de Thys de Brialmont (fils de Gilles et de N… de Xhos), époux de Marguerite de Sparmont, fille de Gilkin de Sparmont vivant à Fairon. Ces considérations devraient nous permettre de conclure que Claude de Hey tenait de ses ancêtres Vervoz sa charge de maïeur du ban d’Ocquier et celle d’échevin des hommes féodaux de la cour de Logne. Elles nous donnent aussi avec certitude les huit quartiers de Jeanne de Vervoz.




Chapitre V Hey – Sorée Avant de poursuivre notre étude historique, le moment est venu de narrer une anecdote qui, sans manquer de piquant, nous rapprochera de la famille de notre Claude de Hey. Anne d’Ohey, veuve de Henry de Heid, mayeur de Ciney, qui avait épousé en premières noces Marie de Hodister et, de ce fait, était le grand-père de notre « héros », or donc Anne d’Ohey avait eu de son époux une fille nommée Hubinne. Celle-ci avait coiffé sainte Catherine depuis belle lurette, tant elle était laide et boutonneuse. Soucieuse de l’avenir de sa fille, Anne avait consulté l’oncle de son mari : le chanoine jean de Hey. Celui-ci connaissait Jean-Jacques Ponsart, très riche bourgeois de la petite ville dont le fils Jacques n’était pas, tant sans faut, plus futé que nécessaire… A défaut d’être beau, le parti était confortable. On informe la famille de Hey qui se rallie à l’avis du chanoine. Mais voilà, les Ponsart ne sont pas d’accord ! Par un petit matin d’un dimanche frais d’avril 1569, cinq cousins de Hey attendent à la sortie de la basse messe. Jacques Ponsart, très bigot, quitte l’église le dernier. A peine a-t-il franchi le seuil du narthex, que nos cinq compères lui enfile un sac de jute sur la tête, le renversent et l’emportent au milieu des cris de détresse de la jeune victime. Celle-ci se retrouve bientôt, libre de ses mouvements, dans la cave des de Hey où un autel de fortune, éclairé de quelques chandelles vacillantes, avait été dressé. Un sourire paternel sur les lèvres, la tête ostensiblement inclinée, la chanoine est là en habits sacerdotaux. Si une vieille tante rabougrie égrène un chapelet, face à Hubinne assise sur un pouf, rouge de confusion dans sa robe blanche, une couronne de perce-neige dans ses maigres cheveux frisés. La famille de Hey, en cercle, attend devant l’acte de mariage tout rédigé. Jacques Ponsart allait signer quand, dans un grand brouhaha, son père, qui avait été prévenu, fulminant de colère et armé de ses seuls bras, entre pour empoigner le premier qui lui tombe sous la main, se ruer sur un autre et faire un tel tintamarre que la foule ameutée, entre, elle aussi. Un de Hey, pistolet à la main, se met en garde, mais au cri de « Tue ! Tue ! » l’on court aux rapières et bastons et on frappe l’homme au pistolet de deux coups : « l’un d’estoc, à l’estomac, entrant dans corps et l’autre, de taille dessous le ceultre (cœur) desquels coups en était terminé vie par mort » (1). Si le mariage n’eut pas lieu, on se retrouve tous au tribunal, sauf les assassins qui ont fui… Restait le chanoine : « S’il était homme d’église, le condamnerions pareillement ; le remettons devant son juge ecclésiastique, qui fut mis en garde » (2). Un tel chanoine doit avoir laissé d’autres traces ! En effet, Lefort, toujours lui (3), dans une étude sur la famille Ronval, d’Ocquier, nous montre que l’ancêtre, Jean de Ronval avait épousé Marie de Hey, sœur de Claude. Dès lors, il donne l’ascendance de Hey. S’il oublie une génération, il cite cependant notre chanoine Jean, fils de Henry de Hey, l’aisné, escuyer, seigneur de Bassine, Corbion et Rebonmollin, époux de noble dame Hubine de Juppleu, dite de Sorée. Il est dit encore du chanoine qu’il gît à Ciney dans la chapelle du Saint Sacrement qu’il a fondée, dite auparavant : Chapelle Sainte Anne. Sur sa tombe, dit Lefort, quatre quartier (Maillen, Eynatten, Sorée, un lion (Vervy ?) et le même auteur nous donne un petit croquis montrant la disposition des motifs ornant la pierre tombale. Fort de ce croquis et en face des monuments funéraires de chanoines contemporains de Jean de Hey, sa pierre ayant disparu, je la reconstitue comme suit : (1) Le fait divers est historiquement connu, une narration existe dans la revue « Cercle Culturel Cinatien », n° 48, année 1979, pages 25 et 26. (2) Op. cit. (3) Archives de l’état à Liège. Lefort, 3e partie, tome 7, page 183


Lefort qui n’était pas à un commérage près, renseigne sous le croquis de la pierre : « il a laissé des fils naturels de sa gouvernante : un nommé Henry estoit curé d’Anseremme ». Par ailleurs (4), j’ai appris que sa gouvernante s’appelait Meyken de Zittard. Une attestation du 11 décembre 1570 déclare que Henry de Hay, prêtre, est le fils naturel de Jean de Hay, chanoine de Ciney. Il a d’ailleurs des frères et des sœurs (5). Le 5 janvier 1572 « à la demande du chanoine Jean de Hay, la Cour atteste que Meyken de Zittard, servante au dit chanoine s’est, depuis plus de dix ans, retirée a part et arrière du dit chanoine » (6). Quelle famille ! Toujours est-il que nous avons appris que Henry de Hey, arrière-grand-père de Claude, avait épousé Hubine Sorée, fille de Juppleu, seigneur de Neuville-en Famenne (7). Je ne connais pas les parents de ce Henry de Hey.


(4) Archives de l’Etat à Namur. Ciney : Œuvres de loi 1570. Info : J. Pilotte. (5) Op. cit. 1570. (6) Op. cit. 1572 (7) info: Paul de Borman.